Les animaux de compagnie sont-ils des catastrophes climatiques ?

Des chiffres dans le débat :
les animaux de compagnie sont-ils des catastrophes climatiques ?

les animaux de compagnie sont-ils des catastrophes climatiques ?

Après de multiples rapports alarmants du GIEC et la mobilisation de jeunes militants comme Greta Thunberg, la question de l’urgence climatique a fini par s’imposer dans le débat public. À tel point que le sujet de l’impact climatique des chiens et des chats a surgi dans les médias mainstream. On a ainsi entendu Jean-Marc Jancovici dire sur RTL qu’un chien représentait une tonne de CO2 par an quand François Gemmene, membre du GIEC, disait sur Quotidien que les chiens étaient responsables de la déforestation et qu’il fallait leur donner des restes de table (enfin si on les aimait).

Les propriétaires aiment leurs animaux mais sont aussi de plus en plus conscients des enjeux climatiques et souhaitent faire des choix durables, y compris pour nourrir leurs animaux. C’est ce que le marketing a bien compris en proposant de vendre de la déculpabilisation à base de greenwashing et de logo « approuvé par la planète ». Mais quel est l’impact environnemental réel du petfood ? Et quelles sont les actions concrètes pour le diminuer ? Faisons le point.

QUAND DES ARCHITECTES DONNENT LEUR AVIS SUR L’ALIMENTATION ANIMALE
L’engouement au sujet de l’impact environnemental des animaux de compagnie a commencé en 2009 lorsque Brenda et Robert Vale, des architectes spécialistes de l’habitat durable, ont écrit le livre intitulé « Time to Eat the Dog ? The Real Guide to Sustainable Living ». Ce livre a été le premier à parler d’Environnemental Paw Print (EPP). Il affirmait que le chien de taille moyenne a une empreinte carbone deux fois supérieure à celle d’un SUV parcourant 10 000 kilomètres par an. Cette affirmation a été reprise partout dans la presse, pourtant leur manière de calculer comprenait deux biais majeurs : une surestimation des calories nécessaires aux animaux et une empreinte carbone calculée sur la base de produits de consommation humaine sans prise en compte de la notion de co-produit. Une des données qui ne sera pas critiquée par la suite est l’impact insignifiant de l’emballage.

UNE EMPREINTE CARBONE PRINCIPALEMENT DUE AUX PROTÉINES
En 2013 Swanson et son équipe publient un article sur la durabilité dans le petfood et incriminent les protéines comme étant le macronutriment le plus impactant financièrement et écologiquement. Ils conseillent alors de limiter les régimes riches en protéines aux cas où ils sont médicalement nécessaires comme le diabète ou le surpoids. Ils rappellent que si la tendance incite les propriétaires à réclamer toujours plus de protéines, les animaux eux ont besoin de nutriments et non d’ingrédients mais aussi que le soja est six fois plus efficient que les protéines animales en termes d’utilisation d’énergie fossile, de besoin en
eau et d’utilisation des terres. Les isolats de soja étant nutritionnellement aussi intéressants que les protéines animales transformées. Toujours en 2013 R. Rushforth et M. Moreau proposent une analyse de cycle de vie hybride entrée-sortie économique et font état d’un impact beaucoup plus important pour les produits au bœuf et à l’agneau que pour les autres. Pourtant ces études n’ont pas connu de résonance médiatique.

DES CHIFFRES CHOCS… MAIS FAUX…
En revanche, en 2017, Okin un géographe américain, publie, seul, une étude sur l’impact environnemental de la consommation alimentaire des chiens et des chats qui aura un retentissement planétaire. Ce travail fera la une de la presse, comme celui des Vale, car il contient un chiffre choc : la consommation alimentaire des animaux de compagnie aux États-Unis équivaudrait à la consommation alimentaire d’environ 62 millions de personnes. Pourtant il présente le même biais. Celui de considérer que les co-produits utilisés dans le petfood ont le même impact environnemental que les produits consommés par les humains. Il défend ce point en arguant que les co-produits pourraient être mangés par les humains après transformation et qu’aux US des personnes mangent déjà de la pâtée pour chien… (note de l’autrice : il est probable que ce problème soit davantage lié à des questions de système social qu’à une conscience environnementale aiguë des Américains). Il encourage alors à adopter d’autres animaux comme… les chevaux…

LES RESTES DE TABLE SONT ÉCOLOGIQUES… EN CHINE
En 2018 B. Su et P. Martens mènent une étude en Chine pour comparer l’impact des animaux nourris avec des restes de table ou du petfood. Ils n’utilisent pas la notion de sous-produit mais en Chine cela correspond à une réalité puisque toutes les parties sont consommées par les humains. Les chiffres de l’empreinte environnementale, pour un chien durant sa vie, varient entre 0,164 et 0,769 t de CO2 pour les chiens nourris aux restes contre 0,449 à 2,285t de CO2 pour ceux nourris au petfood. Si François Gemmene appuie ses recommandations sur cette étude, il conviendrait de lui rappeler deux points majeurs liés à ces chiffres : les restes de table donnés aux animaux dans cette étude sont totalement déséquilibrés d’un point de vue nutritionnel et en France, contrairement à la Chine, plus personne ne mange des abats et des bas morceaux. Les animaux sont abattus pour les morceaux nobles consommés par les humains et le reste correspond à des co-produits de faible valeur non consommés dans nos contrées donc n’ayant pas le même impact. En effet, une augmentation de la consommation de filet induira une augmentation de l’élevage et donc de l’impact carbone alors que personne ne se dispute les rognons ou les testicules.

LES CROQUETTES PLUS ÉCOLOGIQUES QUE LES PÂTÉES
C’est sur ce constat que se base le cabinet Quantis, mandaté par la Fediaf en cette même année 2018 pour faire le PEFCR du Petfood avec les données de la filière sur demande de l’Union Européenne.
Cette évaluation environnementale des produits de petfood utilise alors l’allocation économique qui répartit les impacts environnementaux entre les différents produits dérivés de l’élevage, en fonction de leur valeur économique relative ou de leur contribution à la chaîne de valeur. Cette méthode permet d’évaluer de manière plus équitable l’empreinte environnementale de la production de viande. Les valeurs obtenues sont les suivantes (tableau 1) bien loin de celles annoncées par Jean-Marc Jancovici. L’alimentation humide a beaucoup plus d’impact à cause de la quantité d’emballage nécessaire. Elle est aussi beaucoup plus lourde et volumineuse par unité de calorie générant beaucoup de pollution pendant le transport.

Tableau 1 : Impact annuel pour un animal nourri avec une alimentation industrielle

Tableau 1 : Impact annuel pour un animal nourri avec une alimentation industrielle

DES SOUS-PRODUITS PLUS ÉCOLOGIQUES MAIS NON DÉNUÉS D’IMPACT
En 2020 Alexander et son équipe ont noté que l’utilisation de l’allocation économique divisait l’impact carbone par 2,3. Cependant les auteurs précisent bien que l’utilisation des sous-produits en petfood permet de rentabiliser la filière viande, la valorisation du 5e quartier étant la clé de la rentabilité pour les abattoirs. Ces co-produits pourraient aussi être utilisés en biocarburant ou en fertilisant. Ils rappellent aussi que si le bœuf et l’agneau ne constituent que 5% du petfood ils sont responsables de 50% de ses émissions de CO2.

LA RATION MÉNAGÈRE EST L’ENNEMIE DE VOTRE BILAN CARBONE
En 2021 les insectes font leur apparition pour la première fois dans une publication de l’équipe d’Acuff sur la durabilité du petfood. L’impact carbone des larves de mouche soldat noire y varie entre 1,36 et 15,1 kg eq CO2/kg contre 0,73 kg eq CO2/kg pour les co-produits de poulet. Pourtant en 2022 l’équipe de Pedrinelli fera l’apologie des insectes dans son article sur l’impact environnemental de l’alimentation des chiens et chats.
Cet article sera aussi le premier à évaluer l’impact environnemental de la ration ménagère, beaucoup plus élevé que celui du petfood. En 2023 le Dr Lucien Noël calcule dans un article de la Dépêche Technique l’impact environnemental des rations ménagères et trouve les chiffres suivants (tableau 2) à rapporter à l’impact moyen de l’alimentation d’un humain qui est de 2300 kg eq CO
2 par an en France.

Impact annuel pour un animal nourri à la ration ménagère

Tableau 2 : Impact annuel pour un animal nourri à la ration ménagère

Jean-Marc Jancovici avait ainsi parfaitement raison : un chien peut bien avoir un impact carbone d’une tonne de CO2 par an… s’il est nourri à la ration ménagère ! Heureusement pour la planète, 95% des animaux mangent du petfood ! Alors pour les propriétaires inquiets de l’impact environnemental de leur animal, voici les conseils à respecter : adoptez petits, nourrissez aux croquettes et fuyez la viande de ruminants… Les insectes ne sont pour le moment pas plus écologiques que les co-produits de poulet mais cela pourrait être amené à évoluer dans les années à venir.

Charlotte Devaux
Vétérinaire – Nutritionniste